La Légion Humaine se fonde
pour rallier les idéalistes
par Andrée LEBEL
Une nouvelle association vient de voir le jour. Il s'agit de la Légion Humains, Comme le nom l'indique, c'est un organisme qui a des buts humanitaires 'comme beaucoup d'autres) mais qui toutefois se signale par une idéalisme peu commun. Le but premier se situe au niveau de l'humanité: on réclame tant le bien-être individuel que la paix mon­diale.
Pourquoi une telle association? Le fon­dateur. M Claude Longtin. nous explique qu'il faut offrir aux gens la possibilité de ca­naliser un idéal. Si on remome aux premiers temps de l'histoire, on retrouve les Croisés, les Gladiateurs et. il y a quelques années en­core, la Légion étrangère qui entretenait l'idéal de ceux qui voulaient servir sous des drapeaux idéalistes.
La Légion Humaine se veut un mouve­ment international. Présentement on lance une campagne de recrutement et d'ici quel­que temps on en parlera plus abondamment. Les instigateurs du projet étant Montréalais, il va sans dire que le noyau de l'organisme sera dans la métropole.
Selon le fondateur, la Légion Humaine est une nécessité dans notre monde actuel. II y a quelques années, encore, les jeunes rê­vaient de partir dans les pays de mission pour évangéliser les petits païens. Très peu partaient mais au moins ils rêvaient de lut­ter pour une cause. Aujourd'hui, tout cela est disparu et les jeunes ne savent plus où trouver un idéal. La Légion Humaine est pré­cisément la réponse à tous ceux qui sont en mal de rêvs. Félix Leclere disait un jour: "II faut savoir rêver. Dans la vie il y a de la place pour le rêve qui construit, qui façon­ne".
La Légion Humaine est un mouvement sans but lucratif, non politique et non reli­gieux. Tous peuvent en faire partie. La seule condition est d'être jeune. Mais selon l'orga­nisateur (pour ne pas dire président) M. Phi­lippe Gingras, la jeunesse est un état d'es­prit et non une question d'âge. Race et lan­gue sont sans importance. On veut recruter des membres dans toutes les classes socia­les: étudiants, ouvriers, professionnels, etc. Ceux qui sont sans le sou pourront réaliser les projets que les plus aisés financeront.
L'entraide se situera d'abord au niveau des membres. Déjà on projette plusieurs ac­tions pour soulager l'humanité mais aupara­vant on commencera.d'abord par aider ceux qui sont. dans.le besoin autour de nous. La main-d'oeuvre de la Légion Humaine sera disponible pour construire des' maisons aux* pauvres tandis que les membres qui sont in-dustriels fourniront les matériaux nécessai-
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Le Bouddha de la Légion Humaine, M. Phi­lippe Gingras.
res. La participation des chômeurs qui ne sa­vent pas que faire de leurs dix doigts devien­dra indispensable.
Tout en canalisant- leur énergie, ils fra terniseront avec des gens dans la même si tuation qu'eux et verront qu'il y en a qu-sont plus à plaindre qu'eux.
De plus, on sait que les autorités tan! gouvernementales que municipales ont de projets bien élaborés. La Légion Humaine of­frira donc sa participation à la réalisation à( ces plans.
S'il y a des terroristes qui se serve; des bombes pour détruire, c'est parce qu'o> ne leur donne pas la possibilité de construi re, dit M. Longtin. Il faut donc leur offri. des moyens pacifiques, pour transofrmer no tre^société actuelle. Ensemble, ils pourron élaborer des projets pour délivrer le Biafra par exemple, ou construire une route entr Colombie et Panama . . .
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-■par Jean-Claude TRAIT , £
Les hippies de-Montréal; ont* décidé de célébrér la Saint-Jean-Baptiste à: leur maniè-re... en brûlant Jean-Baptiste, symbole de la doci­lité, et de la bêtise", selon
eux.
Cette manifestation - se dé-
roulera, lundi :,soir à 6 h., peu avant le feû d'artifice offert par la ville de Montréal au parc Jeanne-Mance.' C'est également à cet endroit que l'on attend plus d'un .millier de hippies'qui continueront de
célébrer jusqu'aux petites
heures.
Le programme a été établi par le baron Philippe, le lea-, . der des hippies du Québec, et par Jean Çuernon et Piërre Dubo. Ce sera tout d'abord la destitution de saint Jean-Bap-tiste, puis sa pendaison, enfin son incinération.: Selon les or-
Voir HIPPIES, page 6
—r^i
SUITE DE LA PAGE 3
ganisateurs, ce saint est^pé-rimé, dépassé,, surtout dans notre province.                    ,
On assistera ensuite à deux mariages hippies entre Lise* et Jean et entre Pierre et; Lucie, alias Lucifer. Si d'habi­tude ce genre de mariage se célèbre torse nu (notamment pour la mariée), on doute qu'il en soit ainsi ce soir-là, ; car les envoyés de M. Jean-,' Paul Gilbert veilleront à ce que la décence soit respectée.*
Un autre spectacle est aussi inscrit au programme : il s'agit d'un sacrifice surprise, dont on ignore encore tout si ce n'est qu'il est préparé par le baron Philippe...               
La fanfare du 25e Régiment offrira son concours à cette soirée qui attirera, c'est pro­bable, bon nombre de cu­rieux. Ces chants et des dan­ses sont prévus, pour tout le reste de la nuit. .
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"La fête des fous" sur le campus de McGill le 19 juillet
' , par Jean-Claud« TRAIT
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"La fête des fous" aura lieu samedi le 19 juillet sur le campus de l'univer­sité McGill, toute la journée à partir de 9 heures du matin.
C'est ce que nous a déclaré hier soir celui qu'on a baptisé le grand prêtre hippy de Montréal, le Baron Philippe. Cette manifestation monstre est orga­nisée par le journal "underground" Logos (sous la direction de John Ley) et par le journal de la communauté du Carré Saint Louis, "le Carré" (sous las direction de Baron Philippe et de Jean' Guernon); II s'agira en fait d'une grande kermesse.. bilingue! . ., Le Baron Philippe lui-même nous a donné pIus d'explications: "Cette fête
des fous, dit-il, est placée ,:sous l'égide des "Zommz", ou les fous du peuple, un mouvement créé récemment au Québec qui groupe tous les jeunes d'es­prit en vue d'offrir des fêtes populaires gratuites à n'importe quel temps de l'année et n'importe où.
"Toute la population y est invitée; tout est gratuit: kiosques, nourriture, breuvages, fleurs, etc. Pour cela, chacun est invité, mais ce.n'est pas, obligatoire, à apporter ce qu'il peut. Celui-ci apportera des cadeaux-surprise qu'il aura confectionnés, celui-là por-, tèra des fleurs, celle-ci. portera, une douzaine de citrons qui serviront à confectionner de la : limonade, etc.. Ainsi, grâce à la bonne volonté de'cha-cun, nous ferons une fête de famille,
de la famille des Humains."
On nous a également appris que plu­sieurs vedettes de l'heure participeront aux festivités ainsi qu'une vingtaine' d'orchestres. Au propramme. de cette journée "mémorable", sont inscrites diverses, célébrations de l'esprit nou-veau"; unions,, baptèmes, initiations, etc. ,             . .           ;. :..;,
Entre dêux spectacles, les intéressés auront si le temps le permet, l'occa-sion de prendre des bains de soleil sur la pelouse,du campus. ; , : ,:/' ^.Vi Dès ïa tombée du jour,\il y aura pro-jections de films et de diapositives,: ainsi qu'une procession aux flambeaux. "On attend des' milliers de gens, de| conclure le! Baron philippe, à cet im-mense pique-nique. Cà va, être le fun!"
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Sur le campus McGill
"Nous avons trouvé le vrai bonheur, nous nageons dedans !", hippies réunis sur le campus de l'Université McGill pour y Cette phrase a servi de leitmotiv, samedi, aux 2,000 célébrer la grande Fête des fous.
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par Jean-Claude TRAIT
''Nous avons trouvé le vrai bonheur, nous nageons de-dans!" Cette phrase revenait sans cesse, samedi, sur Ie campus de l'Université McGill. alors que près de 2,000 hippies de Montréal de la province, du reste au Ca­nada et même des Etats-Unis, célébraient la grande Fête des fous.
Cette manifeslation avait été organisée par les jour­naux Logos, sous la direction de John Ley, et Le Carré, sous la direction du grand prêtre hippy montréalais, le baron Philippe, et par le nou­veau mouvement, les Zomms. créé par Jean Guernon,
Dès 9 h. du matin, des groupes de jeunes gens arri­vèrent sur le campus, portant des vêtements de toutes sor­tes et de toutes couleurs, et prirent place sur la pelouse de l'université. Une scène avait été installée, et, toute la journée, des formations se succédèrent sans arrêt. Guita­res électriques et batteries dispensèrent une musique psychédélique à la grande sa­tisfaction de cette assistance bizarre.
Des dizaines de passants, poussés par la curiosité, se sont mêlés à cette foule bi­garrée. Certains attendaient, sans doute, l'intervention de policiers. . . au cas où des troubles se produiraient. Il n'en fut cependant rien. En effet, hippies et zomms, en aucun temps, ne commirent de délits susceptibles d'inquié-ter les quelques policiers en civil qui s'étaient dissimulés dans l'assistance, Tout se dé­roula dans un calme parfait. De temps en temps, sur ies rythmes d'une musique effré­née, un ou une hippy se levait et tapait dans ses mains ou dansait selon l'inspiration du moment. Ailleurs, d'autres distribuaient des fleurs natu­relles ou en papier.
Dans la soirée, le baron Philippe a procédé à deux mariages hippies; ce genre de cérémonie veut en général que les "conjoints" soit nus. Or, les unions se seraient dé­roulées ainsi, mais, l'obscu­rité aidant, malgré les projec­teurs au magnésium, aucune indécence de ce genre n'au­rait été signalée.
Vers les 3 h. du matin, la musique cessa et chacun, tranquillement, regagna son chez soi.
Musique psychédélique
Portant des vêtements de toutes sortes et de toutes couleurs, des groupes de jeunes gens dispensèrent, à l'aide de gui­tares électriques et de batteries, une musique psychédélique
à la grande satisfaction de tous.
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Une équipe de hippies autour de l'unique table de l'appartement. Les deux doigts en l'air, c'est le signe de la liberté. De gauche à droite : ROBERT, JUERGENS,
NANS, PAUL, ttolre reporter JEAN-CLAUDE TRAIT, te BAROfï PHILIPPE cl JOHN.
Une expérience inoubliable de notre reporter Jean-Claude Trait
72 heures d'amour dans 3 groupes hippies
  11 dans deux chambres
  Ils ne mangent que du "brun"
  leur hobby : la musique
  Pour eux, l'argent n'existe pas
par Jean-Claude Trait Les hippies ! Des jeunes gens soudés pur un amour fraternel puissant. Tout est mis en communauté: nourri­ture, argent, vêtements, dis­ques, etc.
Juergen m'a expliqué : "II n'y a jamais de chicane entre nous; nous vivons en commu­nauté, mais nous sommes li­bres individuellement. L'a mour pour toutes les chose de la nature nous lie: l'amour de la musique, des fleurs. de nous-mêmes, des autres, l'a­mour lie la liberté' et de l'en-traide."
Je m'«n suis apperçu à tous moments au cours des trois jours que je passais en leur compagnie.
"J'ai un maudit beau taudis plein de coquerelles, si tu veux je t'invite à le visiter et à y boire un café."
C'est ainsi que j'ai fait la connaissance du baron Philippe, un hippy pure laine, mon guide et mentor au cours de mon sé­jour chez les hippies montréa­lais.
Lorsque je lui ai fait part de mon idée de reportage sur les hippies, il m'a regardé avec méfiance, prêt à me tourner le dos et à s'en aller sans plus. Je me suis hâté de préciser que ce reportage ne serait pas un jugement sur cette mini-société, mais seulement un rapport de ce que j'entendrai, de ce que je verrai. "Viens boire un café chez moi", m'invita-t-il.
Et c'est ainsi que je pus pé­nétrer par la suite dans ce mi­lieu relativement fermé . . si l'on sait qu'il est étroitement surveillé par la police, donc
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Le Baron me conduisit dans l'appartement (deux pièces) de Robert, le rédacteur en chef du journal hippy de langue anglai­se "Logos", saisi le surlende­main par la police municipale pour obscénité.
Je fais connaissance avec les nombreux locataires de ce local exigu : 11 personnes 'dont deux filles', trois chiens et trois chats recueillis dans la rue. Filles et gars sont de langue anglaise, française ou alleman­de et discutent aussi bien en français qu'en anglais. Ils sont tous bilingues.
"On a confiance en toi, me dit Robert, et on veut bien que tu vives avec nous le temps que tu voudras. T'es chez toi; pose ta veste et viens nous aider, nous allons manger."
Les menus des repas ne va­rient pour ainsi dire pas : pain brun, riz brun, sucre brun, beurre de tachine, blé écrasé, semoule. Pas de viande, elle est Irop chère. Pas de conser­ves, "elles contiennent du poi­son qui provoque le cancer". "Nous mangeons brun, dit Mau­rice, car c'est plus naturel, donc meilleur pour la santé."
Pour le coucher, il a fallu nous arranger tant bien que (Suite à la page suivante)
Ereînté d'avoir parcouru la ville pour vendre le [ournal Logos,
ce jeune homme s'est endormi , . sous l'oeil curieux d'un des
trois chiens hippies.
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Une scène de la vie de tous les jours chez les hippies mont­réalais. Comme on le Voit, le disque, l'éleclrophone et la guitare démontrent un grand intérêt pour la musique, toute la musique.
Le dialogue est un des passe-temps des hippies. Ici, le BARON, PAUL et ROBERT en pleine discussion.
Les hippies deviendront des zomz... un jour
par Jean-Claude TRAIT
Les hippies sont morts, vive les zomz! Tant aux Etats-Unis qu'au Ca-nada, les hippies disparaissent. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne verra plus de jeunes gens débraillés, barbus, aux cheveux longs, et des jeunes filles plus ou moins vêtues de hardes, sans fard et une fleur à la main. Non. Tout simple­ment, petit à petit, ils changent d'ap­pellation : Us deviennent des zomz.
Chaque époque a ses noms, ses vo­gues. L'époque des hippies semble ré­volue. On se demandait ce qui allait venir après. On a la réponse: les zomz. Une mentalité et une philosophie nouvelles, "too much", paraît-il, poin­tent à l'horizon.
Les existentialistes ont eu leur ber­ceau à Paris, les beatniks ont poussé à Londres, les provos venaient d'Amster­dam, les hippies de San Francisco.
Québec sait faire...
Les zomz prennent leur essor au Québec où ils ont été "inventés", plus principalement à Montréal, comme il se doit.
Le baron Philippe et Jean Guernon, tous deux de Montréal, sont les promo­teurs de ce mouvement qui. selon eux, ne va pas tarder à s'étendre de par le monde, peut-être davantage encore que le mouvement hippie.
Que sont les zomz? Cette question, nous l'avons posée au baron Philippe, grand prêtre zomz.
"D'abord, dit-il, je ne suis pas le chef. Il n'y a pas de chef chez nous. Nous sommes tous chefs, car nous sommes tous égaux, frères. Les zomz, ce sont les fous du peuple, des gens qui s'aiment et qui aiment tout le monde. Notre groupe, c'est une réu­nion de toutes les forces créatrices et jeunes, la jeunesse étant d'avantage un état d'esprit qu'une question d'âge."
"Nous voulons vivre en paix"
—Quel est votre but ?
"Faire participer toute la population . de toute la province à nos réjouissances et à nos jouissances. Nous avons déjà commencé l'expérience à Montréal, le 19 juillet dernier, sur le campus de l'université McGill. Plus de 2,000 ZOMZ (plus quelques centaines de cu­rieux intéressés) se sont ainsi réunis sur la pelouse pour se détendre, pour passer le temps, pour écouter la musi­que des orchestres invités. Il n'y a eu aucun accrochage, aucune dispute, au­cune bagarre. Nous ne faisons de mal à personne, nous ne critiquons per-
sonne, nous demandons seulement qu'on nous f... la paix, qu'on nous laisse vivre à notre façon. Nous ne dé­rangeons absolument personne... si ce n'est ceux ou celles qui voudraient faire la même chose que nous autres, mais qui ne peuvent pas ou n'osent pas de peur du qu'en-dira-t-on."
—Dans le fond, votre philosophie est toute proche de celle des anciens hip­pies. Ne craignez-vous pas qu'on vous accuse, vous aussi, d'être des parasites de la société qui refusent de travail­ler?
"Nous ne refusons pas de travailler et nous ne sommes pas des paresseux. Tout dépend du genre de travail et des
acheté la chose en question pour la re­vendre, c'est-à-dire à des fins commer­ciales, nous nous sentons lésés, exploi­tés. Et nous ne faisons plus affaire avec cette sorte de bourgeois avide d'argent."
Au cours de cette entrevue, nous avons également appris, par la bouche de Jean Guernon, que les zomz n'é­taient pas athées... ou du moins, qu'ils ont une idée bien à eux de la religion. "Tout le monde est Dieu, a expliqué Jean.' Le Christ, c'est moi, c'est toi, c'est lui, n'importe qui, Un zomz, un vrai, n'a pas peur de s'envoyer prome­ner et de se traiter de toutes sortes de noms s'il se rend compte qu'il a com­mis des bêtises. Il doit être impitoya­ble envers ses propres bêtises."
"Par contre, poursuit-il, c'est bon qu'il soit tolérant pour les faiblesses des autres et qu'il aide son prochain à retomber sur ses pattes."
D'ailleurs, leur devise n'est-elle pas "Aimez-vous les uns les autres"? Ils semblent qu'ils la mettent à exécution. 11 suffit de se promener dans le quar­tier du carré Saint-Louis, à Montréal, pour s'en rendre compte. Ils vivent, tout comme les ' hippies, à douze ou quinze par maison. Ils partagent tout en frères: les revenus comme les dé­penses. C'est un moyen de dépenser moins, nous ont-ils dit. Et tout ce monde se coudoit sans anicroches, cha-cun vit à sa façon, comme il le désire, sans toutefois "piétiner les plates-ban­des du voisin". "Nous voulons vivre comme nous le désirions, de préciser le baron, bâtir notre existence en de­hors du système actuel qui nous sem­ble inacceptable et malsain. Nous vou­lons vivre le plus près possible de la nature pour atteindre l'immaculation afin de devenir de purs outils de l'es­prit."
De doux règlements
Les   règles générales pour devenir zomz  (car il y a quand même des rè­gles):   ne plus rien faire d'aliénant; suivre tous les bons penchants quels qu'ils  soient; ne plus rien faire de ce qu'on  n'aime pas; faire ce que l'on. aime.
Dans leurs projets, les zomz ont in­scrit un programme intitulé "les Sept Travaux d'Hercules" parmi lesquels fi­gurent la croisade contre la pollution des eaux et de l'air, la défluorisation, la décancérisation de la nature, etc.
Une chose importante qui les diffé­rencie des anciens hippies: côté hallu-cinogènes, ils adoptent partiellement la
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Le baron Philippe
conditions dans lesquelles nous l'effec­tuons. Par exemple, nous sommes con­tre le travail dit rémunéré, travailler de 9 à 5, comme une bête, pour n'im- ' porte quel salaire que ce soit, non ! Même à $30.000 par an, pour ma part, je refuserais.
Par contre, je suis prêt à travailler pour rendre service, bénévolement ou pour deux ou trois repas. Tout dépend des circonstances. En aucun temps, nous ne voulons être exploités. C'est une des raisons qui nous poussent vers des métiers artistiques tels que po­tiers, couturiers, écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, graphistes, dessi­nateurs, etc. Nous créons alors quelque chose... et la personne qui est intéres--sée à l'avoir nous l'achète au prix qu'elle nous propose la plus part du temps. Mais si nous apprenons, plus tard, que cette même personne a
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Sur le côté de la scène, un zomz et sa zamz authentiques.
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D*ny*-V*ani«r *t Joiée YVon; /• ttrrorist» comiqu* at io fé« cfos étoiht,,.
La grande nuit du Solstice
de la Poésie
que la poésie revienne éclairer la place publique. Soir de pleine lune ou non! attendons-nous à tout avec le C.A.P. même au retour des temps surréalistes!) La complainte du poète Langevin n'étouffe jamais le juste courroux d'une interprétation touchante et de haute qualité. Rappelons que Langevin fut un des instiga­teurs de la prise de parole pu­blique par les poètes au Ké-bek.
Qui d'entre nous, amateurs et connaisseurs de poésie, ne connaît pas JANOU ST-DE-NIS, "l'aïeule de l'ailleurs",-comme elle se définit elle-même? Ah! que voilà une cha­leureuse artisane du verbe.' Bondissant à la pingouin d'une patte à l'autre, les 3 fers en l'air Ja voilà lancée. Elle salue les femmes d'abord puis s'at­taque au menu fretin de la po­litique actuelle. Implorant les mânes de ses 2 chers dïspa-, rus, son mari et Claude Gau-vreau, elle s'appliqua avec un grand brio à les venger ce soir-là. Animatrice de la "Place aux Poètes", elle est une "an­cienne combattante" de la li­berté et de ia libération. Et à mesure qu'on la voit évoluer, on se rend compte que parelle les poètes ont et auront encore raison. "'Gauvreaune se taira plus, ies poètes non plus," est un slogan du Comité d'Action Poétique dont elle fait partie.
Et juste avant, PIERROT LEGER, Fou du Peuple nous donna une fameuse exhibition de sous-prolétaire, comme dirait Vanier des poètes en général. Personne qui sache mieux dénoncer l'hypocrisie du pouvoir établi avec autant d'abrasive virulence et de corrosif humour. Accompa­gne de Plume a la guitare et de
Brenda aux vocalises, Pierrot le Fou dénonça en un premier temps le maire Drapeau pour l'affaire Corridart. Puis dans la langue la plus verte et la plus naturelle du "sous-proié-ratiat", il se fit applaudir maintes fois comme poète du peuple, par-delà toute querelle. idéologique intestine. Pas étonnant alors qu'à la fin du récital de Pierrot, après la lec­ture de Ja lettre à Chariot, vé­ritable testament spirituel qui n'est pas sans nous rappeler une certaine Lettre du Voyant, la foule dé jeunes gens ras­semblés au Plateau l'acclama à tout rompre, luiréclamant un rappel. Un vétéran de l'ac­te poétique était reconnu par les siens.
Puis vint la Passionaria de la poésie kébékoise, Michèle Lalonde. Nous étonnerons-nous encore longtemps que ce soit à une femme que nous devions le poème-manifeste qui témoigne ie mieux de notre condition de peupie colonisé et d'individu aliéné? quand sera donc comprise et acceptée la généreuse conscience sociale de la femme? SPEAK WHI-TE. de Saint-Domingue à Lit-tle Rock comme le voulait l'actualité de l'époque. Chef-d'oeuvre qui jamais ne vieilli­ra. Nous croyons qu'il nous est tout aussi impossible qu'à qui­conque de rendre l'hommage convenant à la beauté idéale de Michèle Lalonde. Et en enten­dant le tonnerre d'applaudis-sements qui couronna son dis­cours, le certain poète que nous sommes comprit qu'il n'était pas seul, comme le dit le poème en terminant, qu'il n'était pas seul à aimer celle femme d'amour.
Il y eut aussi DENYS VA-NIER, le terroriste comique.
PAR PHILIPPE GINGRAS dit LE BARON F7UP
(collaboration spéciale)
LA PRATIQUE des nuits de la poésie étant maintenant un phénomène bien implanté chez-nous, nous eûmes droit pour Ja clôture des jeux poéti-kes du Solstice de la Poésie au Parc Lafontaine,~vendredi soir, le 30 juillet dernier, à un spectacle de haute tenue et de grande signification sur le monde de là poésie contempo-raine du Kébec. Chaque parti-cipant donna à notre avis, le meilleur "show" de sa carriè­re. Voilà ce que nous vou­drions souligner par cet arti­cle, vu que l'événement ne fut pas "couvert" comme il au-rait dû par les média, à cause des Jeux Olympiques.
Le premier qui nous vient à
l'esprit est Paul CHAMBER-
LAND;l'accouchée de l'En-
farit-dieu, comme il nous plaît
de l'appeler ici. En effet, il fal-
| lait voir le poète, rejetant tou-
te timidité native, ruer dans
les miasmes et les brancards
de son lît d'accouchée. Cham-
berland s'accoucha lui-même.
mère et sage-femme à la fois,
de I-Enfant-Roy du Nouvel
Âge d'Or. Poussant de toute sa
douceur, le poète appela Akhe-naton d'une galaxie lointaine afin qu'il revienne ensemen­cer la matière humaine pour lui redonner Ja lumière d'un corps de gloire. Une rage fié­vreuse, une impatience conte­nue transparaissait dans les déclarations épikes du poète et procurait a l'auditoire fémi­nin de doux frissons et de pro­fondes vibrations de jouissan­ce.
Avant ChamberJand, nous avions entendu GILBERT LANGEVIN, le poète écorché, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est un sourcier, ayant révélé des gens de paro­le aussi importants que Jac­ques Renaud et Georges Dor. Langevin, indien bafoué et assassiné en chafcun de nous, nous offrit ses chants et poè­mes ies plus déchirants. Rap­pel à la mémoire encore vi­vante, (mais les poètes ne meurent pas, vous ne saviez pas?), de Claude Gauvreau (noie: un Comité d'Action-Poétique vient d'être forme par les poètes Janou St~Denis et Jean-Marc CasUiloux afin
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"Langue de feu", comme i'a surnommé ie chansonnier Denys Boucher dit "Loup Ardent", poète ikoniclaste par excellence, protégé de Claude G auvreau, Vanier se résolut enfin, après maintes ingurgi­tations et inhalations de sub­stances enivrantes suscepti­bles de tromper un trac pres­que morbide, à invectiver son auditoire, trébuchant et bé­gayant de tous côtés. La char­ge comique de ses outrances de langage et de comporte­ment fut vivement appréciée. Vanier fut sans contredit le clown, le vrai Fou de ia Poésie de cette nuit-là. Pourtant les fous et les folles ne man­quaient pas, Janou St-Denis et Pierrot Léger étant des per­sonnages à haute détente humoristique. Puis finale­ment, comme s'il n'en avait pas fait assez, il sortit en titu­bant dans un dernier sacre et en assénant un coup de poing libérateur au synthétiseur électrique rebelle. Dans un dernier grichement. "Langue de Feu" prit le chemin des coulisses.
Vint sa compagne JOSËE YVON. Josée Yvon, nommée "fée des étoiles" par Vanier, apparut comme ia princesse des rues qu'elle est: vêtue de soie, de veiours, de plumes et de séquins d'un vieux rosé très doux et d'un bleu ciei radieux, elle aussi se mit à sacrer et à "jaspiner" contre ia mauvai­se fortune faite aux classes populaires et au "sous-proié-tariat" des poètes et des filles mal famées.
LE CAS YVES GABRIEL BRUNET. Il faut qu'en toute histoire i! s'en trouve pour n'ê­tre pas à la hauteur de soi-même. Brunet n'était pas prêt a affronter le public. Ses musi-
ciens-non plus. Prendre une dizaine de minutes pour entrer on scène et jouer aussi faux est un peu vexant, vous l'a­vouerez. Et puis Brunet n'est pas un petit rigolo; il aurait même un peu tendance à se prendre au sérieux à mauvais escient. Evidemment, quand on joue au prophète judéo-chrétien, et comme nous nous trouvons à la fin de la même ère. un poète se voit couper le verbe, si "musical" qu'il se
soit voulu, à ras de gorge. C'est ainsi que son message ne passa pas. maigre les qualités initiatiques de l'oeuvre. Per­sonnellement, nous ne lui par­donnerons jamais son "Hym­ne au Québec" qui servit de finale à ia soirée. L'on ne nous en voudra pas trop, nous l'es-pérons, de n'avoir pas marché, au pas de cette pièce patrio-tarde du plus mauvais goût militariste. Enfin, nous ne sommes pas
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peu fiers de rendre hommage au public de la Poesie qui, ce soir-là fut vraiment à la hau-teur de ses poètes. Public cha-leureux et exigeant, Public compatissant. Public vivant. Evidemment à se sentir parti d'un peuple qui compte depuis deux générations, quelques uns des plus grands poètes qui soient, on finit par savoir de quoi la poésie, l'art et la vie retournent.
Nous sentîmes en ce vendre­di et pour la première fois de toute l'histoire défaitiste du peuple kébëkois que c'en était assez et que les choses change­raient. Les poètes n'allaient pas ètre ghettorisés ni déclas­sés. Une volonté de vaincre jaillit maintenant du concert des poètes. Merci à Gaétan Dqstie de l'initiative de ces
nuits du SOLSTICE DE LA
POÉSIE.
Paul Chamberland: l'accouchée de l'Enfant-Oieu.
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Photo Cil Ire ISe.115r.Tid -Chj
Le Baron Filip, qui a coutume de dire "y'a rien là", a maintenant l'air de se demander: "Qu'est-ce qu'y a là?"... La contre-culture interloquée: un instant, figé, de la Rencontre Internationale de la contre-culture, un Instantané démenti par la dialectique d'assises tourmentées... Y a-t-il une contre-culture ou bien n'y a-t-il que des contre-culturlstes? ]
Les contre—culturistes
par Robert Barberis
collaboration spéciale
Exercice d'écriture automa­tique. Un enfant joue de la batterie sur la scène. Un chien policier se promène librement. Qui jappe ner­veusement? est-ce le baron Filip qui marche à quatre pattes, ce fou du roi sans roi? non, c'est son mignon de pelit chien. "Tu es un Fasciste" crie Denis Vanier à Louis Geoffroy, visi­blement ébranlé, qui venait de dire: "Pas une idée ne vaut un homme". Vieille querelle à Hobo-Québec. La fée des étoiles est 1res belle. Un Français du nom de Brau à l'aéro­port: "Quel dialecte parlez-vous?" suscite une colère chez l'auteur de Les hi en ne d'acide.
Paul Chamberland parle des idéologies qui ont une odeur d'en­cens et de poudre; s'intéresse au supra-mental et se dit post-marxiste. Un main-misien est bien dans son ."ego-trip": pourtant, il s'inquiète de la situation des ouvriers. Un partici­pant marxiste lui crie: "Reste dans ton trou". Georges Khal "freake'et fait un "trip" gauchiste: crisse allons-nous-en d'icitte et prenons le fusil. De pari et d'autre, on carica­ture la position de l'autre. Paradis artificiel et a-social de la commune; camisole de force de l'idéologie
Chilien parle (l'écoute-t-on?): y a-t-il une culture québécoise qui parte du peuple el que faites-vous pour elle?
Des minoritaires
Jacques Lazure, sociologue. Notre situation de minoritaires au Canada favorise la contre-culture. Les arts jouent un rôle déterminant dans le processus de libération indi­viduelle et collective. Nos créateurs ont remué le sol culturel. L'Améri­cain Plymel affirme que Nixon a plus fait pour détruire l'appareil politique., américain que les tenants de la contre-culture qui n'ont jamais rien fait de pertinent pour la classe ou­vrière et les pauvres. Le Français Biga est sympathique mais plutôt mal à l'aise. Cinq minutes après le début de son discours, on entend: '"C'est plate hostie"; "Ferme-ta gueule si t'as rien à dire." Règne une parfaite harmonie comme vous voyez: On vient se déculpabiliser. On n'a pas été gentil pour le Fran­çais. On a immolé un Français sur l'autel de la liberté de parole. Les Français n'ont pas la vocation du martyre, même barbus et de Nice.
L'Indien d'Outremont
Strararri n'écrit pas pour être lu dans les usines. Sa critique s'adresse aux intellectuels petits-
bourgeois qui contrôlent les média afin de transformer leurs schèmes mentaux. On le traite d'Indien d'Ou-tremont. "J'ai fait quinze ans de tra­vail critique au Québec au service de la classe ouvrière".Contre la mytho­logie de Mainmise. Lisez Chroni-' ques. L'humanisme individualiste est un leurre qui fait le jeu de l'impé­rialisme américain.
Plymel dit que la guerre est un problème métaphysique. Straram le Bison ravi réplique: "Demandez aux Vietnamiens si la guerre n'est pas Un problème politique". Plymel (après traduction): "Tell him he is a fucking buffalo". Ce à quoi le Bison de moins en moins ravi réplique: "Je suis fier d'être un bison enculé par un amé­ricain". Michel Bujold, poète, re­vendique la liberté totale de l'artiste comme Walter Boudreau. musicien, l'avait fait, suscitant la colère du sculpteur Armand Vaillancourt.
Cham­berland réclame la dépersonnalisa-tien des conflits et une attitude de recherche; il demande aux marxistes qui ont cent ans de pratique der rière eux, de respecter la recher­che embryonnaire qui est ta sienne. Ceux qui vivent dans une commune ne sont pas des nouilles ou des légu-\ mes. Qu'existe le respect mutuel et
qu'on ouvre un champ de controver­ses où on cesse de cartcalurer le point de vue de l'autre. "Je suis ce que fait Straram depuis douze ans et je le trouve toujours aussi stimulant et rigoureux." Biga, le Français dît: "je suis un poète, je ne suis pas un militant". Les ambiguïtés et les ma­lentendus demeurent. Straram conclut; "J'ai fait ici, ce soir, mon travail d'intellectuel petit-bourgeois."
Gaston Miron, en arrière, nqte une contradiction: "ils repro- chent au système de tuer la force créatrice de l'individu et ils repro­chent à l'individu artiste de créer" et rigole en disant: "l'homme de la pré-histoire aussi était créateur; il a inventé le feu."
Léandre Bergeron affirme que la contre-culture, après avoir contribué à "dépeigner" certains in­dividus, a sombré dans la réaction et a joué un rôle démobilisateur en fa­vorisant des voyages individuels.
Je n'ai pas le temps de vous raconter les anecdotes énigmatiques de Robert Gaboury sur l'alligator et le scorpion ou sur les tracteurs rus-' ses qui marchent à reculons ni de vous inviter à la manifestation des 10,000 bicyclettes le 24 mai pro­chain. Ce furent des moments où
quelques-uns ont ri...
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oie et culture
"Y'a rien là!"
par Bruno Dostie
— le Baron Filip
"Y'a rien là!" _ le mot est du Baron Filip, figure assez vénérable de "L'underground" montréalais pour que le personnage ait pu repla­cer périodiquement son mot, depuis lundi, à chacune des séances de la Rencontre internationale de la contre-culture, qui se poursuit en­core aujourd'hui à la Bibliothèque nationale et se termine demain au Pa­lais du commerce, sans que personne ne se sente insulté. Le Baron est trop fin et son mot, toujours placé avec à-propos, venait rappeler à tous, avec une exquise pudeur, qu'il ne fallait rien exagérer, que peu impor­tait la gravité des débats, il ne fallait pas les prendre trop au sérieux.
Le Baron n'avait pas tort de s'alarmer. Gagnée par la ferveur et le sérieux, amplifiée par les média, la rencontre est en train de prendre les proportions d'une espèce de congrès historique alors qu'elle n'aurait pu être qu'un happening. Débarrassée du principe d'accumulation, ou du moins le croyait-elle, la contre-
culture a longtemps rêvé d'être comme pierre qtii roule, de se renou­veler chaque jour sans rien laisser derrière elle. "Tout est toujours à recommencer", chante Raoul Du-guay dans Le voyage et les Améri­cains ont depuis longtemps fait de la locution "rolling stone" une espèce d'enseigne de leur mouvement.
Aujourd'hui la contre-culture se découvre une histoire, qui l'inscrit dans la continuité de toute façon ca­hotique de laculture, en même temps qu'elle se butte à l'histoire qui la change sans qu'elle-même trouve prise sur le cours de l'histoire.
En fait, c'est une question que la contre-culture est à se poser. C'est la question de son. efficacité. Et c'est également la question qu'on lui pose — plus, moins ou complètement de l'extérieur. C'est sur cette question-là justement que la contre-culture a rencontré les marxistes ces jours derniers...
Comme dirait le Baron, "y'a rien là": le débat n'avail pas attendu cette rencontre pour s'engager et il est loin d'être terminé par ailleurs. S'il y a quelque chose là, en fin de
compte, c'est qu'un événement comme cette Rencontre a pu un ins­tant donner quelque publicité au dé­bat. Les quotidiens se nourissent de cette pâte-là: ils ont moins le sens de l'accumulation que la contre-culture, ou peut-être tout simple­ment moins de mémoire,..
Le Jour y va donc de son re­portage. Notre collaborateur Robert Barberis, dans son texte "Les contre-culturistes", rend compte de cette semaine d'une manière impressionniste: il en consigne des fragments en même temps qu'il en exprime un certain "feeling'' De son côté, notre collaborateur Gaétan Dostie entreprend une première ana­lyse (qui n'est pas la mienne, ni celle du Jour) qui pose des questions qu'il n'est pas le seul à se poser, la ques­tion nationale ayant de toute façon
pesé pour beaucoup sur les débats de cette semaine.
De mon côté, quand je re­pense au mot du Baron Filip, je suis porté à lui faire traduire une "cir­constance de lieu". "Y'a rien là" — c'est-à-dire à la Bibliothèque natio­nale: la contre-culture n'était pas là, dans ce lieu précis. Elle était autour, elle est ailleurs...
C'est ainsi que les hasards de mon métier, qui m'ont conduit à la Bibliothèque nationale chaque jour de cette semaine sauf jeudi, m'ont également conduit au Théâtre du Nouveau Monde pour le concert de Ville Emard et d'Ellen Mcllwaine lundi, au lancement d'une version française du magazine "Histoire du Rock" mercredi, et à la première du récital de Jean-Pierre Ferland le même soir. Un hasard beaucoup plus fortuit, si je puis dire, m'a aussi fait rencontrer un professionnel de la ra­dio qui m'a parlé du projet d'une radio-MF francophone plus ou moins alternative. C'est dire que je ne suis jamais vraiment sorti de la musique tout en me plongeant dans les débats de cette Rencontre. On sait quelle place occupe la musique dans ce qu'on appelle la contre-culture. Les projets de "radio ' communautaire"; voire de "subver­sion des ondes", ne lui sont pas étrangers non plus.
Quand j'écoutais la musique du Gros Pierre lundi soir, ou celle de Raoul Duguay sur les lieux mêmes de ^ la Rencontre mercredi, je n'avais donc pas l'impression d'en être bien loin. Cette musique pour moi était complémentaire, et je trouvais qu'elle m'en disait plus long. D'ail­leurs, la comparaison du récital de Ferland avec le "show" de Duguay m'a beaucoup réconcilié avec une Renconlre que j'allais juger complè­tement vaine — "y'a rien là", peut-être, mais en tous cas, y'en a plus qu'à la Place des Arts...
Il fallait voir le quartier Saint-Denis, aussi, pendant toute cette semaine, pour comprendre que la contre-culture, ça n'est pas trois cents "intellectuels" qui discutent, et encore moins seulement ces trois cents-là. C'est ceux qui composent, qui écrivent; qui peignent, etc., mais ce sont également ceux qui écoulent, qui lisent, qui regardent, etc.. Je pense même que la contre-culture n'a plus de signification détachée de tous ceux qui n'y participent pas, ni comme producteur ni comme consommateur, mais qui la nourris- ' sent—dans tous les sens. 1l n'y a pas de livré comme "Les patenteux du Québec" sans paienteux et il n'y a pas de disque comme celui d'Aut'Chose sans le monde vu à tra­vers celte oeuvre, d'un côté, et sans le monde qui rend possible la fabrica­tion d'un disque de l'autre.
La contre-culture? Y'a rien là — ça n'est que ce qui tient lieu de la culture du monde à un moment _ donné de l'histoire.
marxiste qui culpabilisent les drop--out qui vivent sut le bien-êlre social et font leur marché chez Steiuberg. La mauvaise humeur se répand. Dy­namite de groupe. C'esl trop "heavy".
Trouver le joint
Se décondilionner par la dro­gue, le sexe, le respect de l'écologie. la musique (la vraie), le mysticisme. Créer une alternative: réaliser un au­tre possile dans une commune par exemple, celle de Morin lleighls où vit Chamberland. Respecter le code planétaire: cycles, air pur. vie saine, nouvelle culture.
Se déconditionner en travail­lant à la disparition de Ia propriété privée des moyens de production par la lutte des classes. Luc Racine indi­que l'impasse. Remplacer un pou­voir par un autre, c'est reproduire les mêmes relalions autoritaires.. Il est bon qu'en certains lieux, on expéri­mente de nouvelles relations homme-femme, adultes enfants. La jonction de la tendance marxiste et de la tendance mainmisîenne est-elle possible? Libération individuelle ~ libération collective.
Un "lapsus linguae"
Texte écrit ensemble par De­nis Vanier el Josée Yvon (qui le lit). Pas de demi-mesure. Jusqu'au bout, "fious éemon* pour les évadés de prison". "La seule influence litté­raire que j'ai eue esl celle du FLQ'" (Denn Vanier). Nicole Brossard, sa­gement, dit que l'écriture a pour mo­teur le désir entravé et le refus de ce qui empêche le plaisir: Curiosité sur le sexe! pardon sur le texte. Elle pro­nonce le mot "texte" une douxaine de fois el j'entends toujours "sexe". Lapsus superbe. C'est le clou de la soirée. Un marxiste évoque l'héli­coptère de l'armée au-dessus de la commune. On parle de "textes d'as­sauts" Soni invités ici les chars d'assauts de la contre-culture. Un
Histoire d'un petit/grain de sable
par Gaëtan Dostie
collaboration spéciale
tout servi à ressasser les facettes très particulières de notre seule version de la contre-culture. Pour les Brau et Pélieu, la contre-culture était née aux USA à la fois pour condamner et arrêter la guerre du Vietnam comme pour lutter contre toute censure... Pour eux, l'aventure est terminée: Kerouac est mort, le Vietnam c'est fini, la drogue et le sexe ne sont plus tabous. L'éclatement de l'écriture, voire de la langue est constaté, prati­qué, etc. Et tout continue...
Au Québec, la conlre-culturc a emprunté d'autres voies: arrivée avec l'apparition de la drogue sur le marché montréalais et le grand spec-tacle d'expo 67, accueillie par une jeunesse désabusée, déracinée, elle a produit une génération artificielle, volatile. Des Américains, nous avons d'abord rescapé le plus mina- ' ble, une version francophone de "l'américan dude". L'effet premier ' de ce courant fut d'accentuer l'état de torpeur, d'ignorance, l'espèce d'amnésie culturelle de la génération du rapport Parent.
Si la contre-culture fut d'abord suspecte, c'est qu'elle s'ex­primait dans une langue qui est jus­tement celle menaçant le plus la nô­tre. C'est la question nationale qui refait surface. Née aux USA autour d'un impératif national, la contre-culture devenue une théorie, comme toutes les théories, traîne son im-pensé: la nation. Des faits majeurs comme le soulèvement du tiers ' monde, la libération de la femme ou la dénatalité resteront d'incompré­hensibles énigmes si l'on se borne à les traiter uniquement en terme de classes et d'idéologies. Ni le ma-xisme, ni la contre-culture préten-
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sumation des responsabilités de l'homme en devenir. La commune apparait de plus en plus comme ré­cupératrice des jeunes freaks, comme rééducatrice et revalorisa-trice du travail au point que certains • retournent même sur le marché du travail plutôt que de vivre aux dé­pens des autres membres de la commune. La commune pour un Paul Chamberland ne peut être l'is-sue de demain qu'en luttant pour un changement social qui respecte la li­berté de chacun comme la culture des peuples.
La vie d'une culture comme la propagation des idées emprunte né­cessairement aux valeurs fondamen­tales de ceux qui vivent fes muta-' tions. La contre-culture n'a vrai: ment commencé à exercer une réel influence ici que le jour où elle fut assimilée; elfe ne continuera de s'épanouir qu'en continuant tou-jours.plus à revenir a nos racines propres. Déjà elle est de plus en plus québécoise; elle devra nécessaire­ment se solidariser avec la lutte na­tionale du peuple québécois. Sinon, la contre-culture ne sera qu'un fac-teur d'assimilation et ce serait en rupture avec son principe qui n'est-pas de tuer mais de regénérer. La lutte pour la qualité de la vie passe irréversiblement par la lutte pour la qualilé d'un visage québécois de' l'homme.
Et parce que la contre-culture se préoccupe d'abord de la lutte pour la qualité de la vie, ces mutants se­ront toujours en deça des luttes stric -tement partisanes. Pour eux, il ne s'agit pas seulement de colmater nos plaies, mais de nous ressourcer. Et si l'avenir c'était eux?
Symptomatique déchirement. Touchée à son point le plus sensible — la question nationale —, la contre-culture piétine comme un manège de chevaux de bois: des par­ticipants se définissent comme apa­trides {tels Eliane Brau, Jean-Louis Brau et Claude Pélieu), d'autres s'intitulent apolitiques (ainsi notre "Pélo-Mattawin, héraut de la vie éternelle" comme l'appelle Ferron, certains professent un "marxisme de stricie observance (dont Patrick Straram. le Bison ravi, Piotte'. une nouvelle espèce fait aussi des sien­nes, les post-marxistes (ce Paul Chamberland qui affirme "quand on dit politique, on parle de l'exercice du pouvoir, le contrôler, pour se sentir bien au détriment des autres ou le partager, pour être heureux ensem­ble".)
Si cette Rencontre Internatio­nale do la contre-culture a presque avorté, c'est que la question québé­coise, notre meurtrière névrose de répétion continue de saper les tran­quilles assurances de ceux qui vou­draient vivre comme si le Québec existait vraiment. Certains partici­pants étrangers ont quitté Montréal dès jeudi, complètement écoeurés: Éliane et Jean-Louis Brau, Claude Pélieu et Mary Beach ont été les vic­times de nos querelles, de nos démis­sions et de notre laisser-faire-.. Tout comme Allen Gînsberg supputait que c'était aux gens qui avaient vécu la contre-culture d'en faire le bilan en­tre eux, ces rencontres auront sur-
dant faire sauter les frontières comme faire accéder à l'universel ne savent faire disparaître la nation. Le dépérissement du fait national que. proclamaient les gens de Chronique ou que voulaient ignorer ceux de
Mainmise, tout ça leur est continuel­lement remis sur le nez.
Or la contre-culture a em­prunté ici un nouveau visage, tout en participant à l'intériorisation et l'as-